Dom' nous a fait l'honneur de répondre à nos questions, à l'occasion de son passage à St Etienne, le 15 mai dernier. Bonne lecture !
RAM : Bonsoir Dominique, la tournée est commencée depuis quelques semaines, comment se passe-t-elle ?
Dom : Pour moi la tournée commence presque aujourd’hui à Saint-Étienne dans la mesure où on attaque une série de dates sur une dizaine de jours. Jusqu’à maintenant cela a été très saucissonné et on n’a pas encore réussi à être vraiment dans le rythme. Tout à l’heure pendant la balance je sentais que ça faisait une semaine qu’on n’avait pas joué et qu’on avait perdu nos automatismes. Si tu passes ton concert à essayer de les retrouver ce n’est pas le top. C’est ce qui nous est arrivé notamment à Strasbourg et à Morlaix où on passait notre temps à essayer de recréer ce qu’on avait réussi à faire sur Angoulême et sur Rennes.
RAM : Comment as-tu construit le concert ?
Dom : C’est un set qui va bien fonctionner en festival en version raccourcie mais qui fonctionne d’autant mieux quand on a vraiment le temps de faire tout. Ce soir on a 1 heure 15 et c’est un peu court pour arriver à respecter l’équilibre entre les passages atmosphériques et « ceux qui envoient un peu ». Quand tu raccourcis tu as tendance à privilégier les trucs les plus efficaces. Les retours des gens pour l’instant sur les premiers concerts sont beaucoup plus enthousiastes que sur la tournée précédente.
RAM : Et l’accueil qui est réservé à l’album ? Tu en es content ?
Dom : Comment ne le serais-je pas ? En ce qui concerne les ventes on est dans les chiffres habituels. Quand le disque est sorti, il a été pas mal téléchargé sur itunes et je pense qu’il va avoir une durée de vie assez longue. Ce qui est vachement plaisant c’est ce que m’en disent les gens qui l’achètent. Ça me rappelle l’accueil fait à Auguri ou à La Mémoire Neuve. Il y a beaucoup de gens qui aimaient bien ce que je faisais mais sans plus et qui sont conquis par le disque. Ils me disent que je me suis débarrassé de certains côtés qui pouvaient gêner. Du coup ça leur fait apprécier des chansons qu’ils n’auraient pas aimées avant comme Par l’Ouest ou Rue des Marais. L’album a cette capacité d’alpaguer les gens qui étaient moyennement conquis jusqu’ici.
RAM : Tu peux nous parler d’Adieu Alma dont tu dis que c’était une façon de suggérer aux gens ce que l’album aurait pu être ?
Dom : Le disque dans son ensemble repose sur de la narration très claire. C’était presque une convention entre Dominique Brusson et moi : ne pas jouer sur les distorsions parce qu’on ne voulait pas repartir sur des terrains déjà empruntés ensemble. Cette chanson est une porte de sortie possible du disque, une façon de dire que le prochain sera peut-être différent de celui-là.

RAM : En fait, on ne voulait pas trop te parler de l’album (et on vient pourtant de le faire) mais plutôt te faire réagir par rapport à quelques chansons que tu avais sélectionnées pour la FNAC lors de tes showcases parisiens.
On commence avec Nick Drake « Riverman » sur Five leaves left, un morceau que tu ne t’autoriseras jamais à reprendre si j’ai bien compris ? Ceci dit, entre parenthèses, je t’avais demandé un jour si tu n’avais pas envie de reprendre des titres de Françoiz et tu m’avais répondu « non » quelques semaines avant de reprendre Motus sur scène… ;-)
Dom : C’est l’esprit de contradiction !!!!!!
Même si je déteste les classements ou les panthéons, Riverman est pour moi le morceau ultime. C’est un absolu de composition et d’arrangements. Je n’ai pas toutes les paroles en tête et je ne perçois pas forcément bien l’histoire, et je m’en fous un peu en fait, mais pour moi cette chanson c’est presque une émanation de la forêt, de la nature. On peut tourner autour d’elle toute sa vie sans comprendre d’où elle vient.
RAM : On enchaîne sur Camion bâché extrait de Matrice. Ton projet d’album de reprises de Manset, il avance ?
Dom : Non. Au point mort comme le camion.
J’ai vraiment découvert Manset avec Matrice. Pour moi c’est un album très fort en termes d’écriture et Camion bâché me fait vraiment un effet particulier. Le côté inquiétant des chansons de Manset est là à son paroxysme et c’est ça ce qui me plaît vraiment.
RAM: Talk Talk New Grass de l’album Laughing stock. Sur Remué il y a une chanson qui s’appelle Le Détour et à l’époque tu avais reconnu que tu t’étais assez clairement inspiré de l’album solo de Mark Hollis. Enlever des notes, te limiter à l’essentiel c’est une tentation ?
Dom : Oui l’Haïku musical c’est un truc qui me tente mais pas actuellement. J’ai envie d’être plus ludique avec la musique, ne pas avoir peur du maximalisme. Je ne suis pas dans une période où j’ai envie de jouer les purs. J’ai envie de construire avec les disques et pour ça je ne veux pas fermer les portes, je souhaite que des gens d’horizons différents puissent y venir. L’album acoustique, très dépouillé, j’y viendrai, mais pas de suite, parce qu’à l’heure actuelle je trouve que ça serait du cliché. Je veux prendre le temps pour bien le faire. Une chanson comme Rue des Marais, je ne l’aurais pas faite et je ne l’aurais pas réussie comme ça il y a cinq ans.

RAM : Tu as aussi choisi un titre de Max Roach Tripych sur l’album We insist. Je crois me souvenir que sur les chutes de Remué il y a un titre intitulé Roach. Il y a un lien entre les deux ?
Dom : Oui en effet. En fait toute la rythmique du morceau Roach est un montage d’un morceau de Max Roach sur Drums Unlimited. Ce qui est marrant c’est que ce morceau-là on l’a fait à New York bien avant d’utiliser le sampler mais il y avait déjà l’idée de ne pas forcément jouer tous dans la pièce.
RAM : Le choix de Candy’s room de Bruce Springsteen sur Darkness on the edge of town me surprend un peu. C’est un des morceaux les plus directs de l’album.
Dom : En fait, j’adore le piano de départ, tout le début du morceau, la façon dont il part vraiment (Dom commence à chantonner en yaourt…Baby if you wanna be wild…).

RAM : Arman Méliés Le phare sur Néons blancs et Asphaltine dont tu as parlé chez Lenoir ce qui a créé une sorte de buzz.
Dom : C’est bien si c’est le cas. Sa voix gêne quelques personnes parce qu’il y a un côté très classique dans son chant et en même temps très particulier. J’avais acheté le premier album suite à une chronique dans Libé et mélodiquement ça m’a vachement touché. Je suis ravi si des gens qui m’écoutent peuvent aller vers lui parce qu’au départ cela fera la différence en générant quelques ventes de disques et en faisant venir des gens à ses concerts.
RAM : On finit avec Leonard Cohen Famous blue raincoat, première période donc. Tu préfères celle-ci aux derniers albums avec les nappes de synthé et les frangines qui vocalisent ?
Dom : Ah oui. Ceci dit, sur la période « nappes de synthé » il y a un morceau que je trouve magnifique qui s’appelle Here it is (sur Ten new songs). A l’écoute de ce titre, tu te dis que le Papy n’a pas perdu la main. Je l’ai découvert très tardivement. J’avais un Best of que j’aimais sans plus et un jour ça m’a pris au ventre. Famous blue raincoat c’est vraiment celle que j’aime depuis longtemps mais c’est Suzanne qui m’a vraiment happé. C’est le genre de chansons que tu as l’impression de connaître par cœur et puis un jour tu les découvres vraiment. C’était la même chose pour Amsterdam qui ne me faisait rien et le jour où je l’ai vraiment entendue ça a tout changé. Je pense qu’un jour Avec le temps me fera ça, alors qu’aujourd’hui je ne ressens rien en l’écoutant.
Propos recueillis par Stéphane Aka Le Grosboris. Salle Jeanne d’Arc à Saint-Etienne dans la plus petite loge du monde.
Merci à Laurent d’Ephélide et Christophe d’avoir fait le nécessaire pour que cette rencontre ait lieu.
Publié par libilule à 12:51:42 dans Les Interviews | Commentaires (11) | Permaliens